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Négociations salariales et comportements syndicaux.

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Depuis quelque temps fleurissent ici ou là des tracts sur les salaires, certains s’arrogeant la vérité des prix, d’autres, soulignant les manques à gagner, d’autres enfin, pour prendre acte de la situation et appeler à plus de cohésion pour l’avenir. Que se passe-t-il exactement ?

Rappel des faits :

Il faut remonter en 2010. Souvenez-vous des appels au boycott des réunions plénières des IRP lancés par toutes les OS car le dialogue social devenait de plus en plus difficile. Quand une situation en arrive à ce point de blocage, il faut en général que tous les partenaires sociaux s'interrogent sur leur comportement et cherchent à améliorer leur efficacité.

Une reprise difficile du dialogue social a eu lieu en 2011, une sorte de convalescence fragile, sans thèmes forts à traiter qui auraient pu lancer un vrai travail de fond toujours propice au dialogue social entre partenaires qui sont décidés à avoir un comportement responsable.

Début 2012, la négociation annuelle sur les salaires au Crédit Agricole a tourné court. Situation de crise économique ? Manque d’ouverture de la part de la délégation patronale ? Manque de préparation des partenaires sociaux ? Postures patronales, syndicales ? Probablement un peu de tout cela. Toujours est-il que la négociation s’est terminée dès que 6 organisations syndicales ont décidé de quitter la salle, ne laissant à la délégation patronale que la possibilité de mesures unilatérales, faute de résultat négocié. Devant ce désastre, 2 organisations syndicales ont réussi à arracher une clause de revoyure en septembre, afin de contrôler une prévision d’inflation de la délégation patronale jugée trop optimiste.

Bien leur en a pris. Cette prévision démentie, la délégation patronale a dû revoir sa décision unilatérale. Une augmentation de 0,30% de RCE avec effet au 1er janvier 2012 a été annoncée, mais non négociée, n’oublions pas la salle vide de début 2012 ! 0,30% des RCE, c’est peu, mais c’est toujours cela et, en marge des critiques sur les montants insuffisants, personne n’a proposé de refuser cette décision, voire de mobiliser le personnel du Crédit Agricole dans un mouvement social d’ampleur.

Situation paradoxale

Ayant participé aux négociations nationales, force est pour moi de constater différents paradoxes. Certaines organisation syndicales, plutôt que de prendre acte du bien-fondé de la clause de revoyure, ont préféré critiqué son résultat. C’est leur droit, mais s’il n’y avait pas eu cette revoyure, il n’y aurait rien eu, était-ce préférable ?

Il est assez surprenant d’entendre des représentants syndicaux prononcer des termes comme « cocus » à l’encontre de ceux qui ont obtenu ce résultat, devant la délégation patronale, alors qu’eux-mêmes avaient quitté la salle à l’époque. Autre paradoxe, certains, qui avaient aussi quitté les négociations, n’ont pas hésité à s’arroger ce résultat ! Le mensonge pratiqué par ceux qui le définissent comme un péché mortel laisse parfois pantois, même en période électorale. D’autres ont préféré communiquer sur « la vérité des prix » et opposant 2 réalités qui ne sont pourtant pas contradictoires (une augmentation des RCE n’est pas une augmentation de la totalité des revenus et cela n’a jamais été dit). S’ils précisent que ce n’est qu’à leur action qu’on reconnait une organisation syndicale, ils devraient réfléchir davantage au fait que cette action commence par la voix du dialogue social, pas par celle de la démagogie. Enfin, ceux qui communiquent le plus pour critiquer (la direction, mais aussi les autres représentants syndicaux), sont souvent ceux qui font le moins des proposions constructives en séance, et qui ont pour habitude de claquer la porte dès qu’apparaît un point de divergence. Est-ce de la négociation ?

Tous les comportements peuvent relever de stratégies syndicales, mais comment expliquer la communication de certains qui sont traditionnellement proches de la direction et de leurs dirigeants et qui se mettent à revendiquer la défense des salariés, quand, dans le même temps, ils désertent la salle de négociation dès le premier point de désaccord ?

Rétribution salariale, vision globale

Il est nécessaire de revenir aux fondamentaux, à savoir la défense réelle de l’intérêt des salariés. Cette nécessité va croissant car le constat est partagé sur la nécessité de revoir la rétribution dans son ensemble. La délégation patronale va se rapprocher des directions des Caisses Régionales pour entendre leurs demandes, parfois très contradictoires. Il en ressortira un cadrage qu’il est bon de connaître. Si les représentants syndicaux se sont rapprochés de leur base et connaissent leurs propres objectifs, la négociation peut démarrer par un dialogue où chacun mesure rapidement la compatibilité des différents objectifs. L’enjeu sera très important et la préparation doit l’être tout autant.

Pour la négociation sur la rémunération 2012, seules 2 organisations sur les 8 se sont retrouvées pour un travail en commun, c'est largement insuffisant pour nourrir un vrai dialogue social. Il est facile ensuite de communiquer pour critiquer, mais ne serait-ce pas pour masquer un manque de sérieux ? Un jeu dangereux… alors qu'en "poussant" ensemble dans le même sens, la cohésion syndicale a plus de chance d'aboutir à un meilleur résultat.

Pierre LE GUELLEC

Mis à jour (Jeudi, 31 Janvier 2013 01:37)