Vous êtes ici : Accueil Tribune Actualités sociales Effectifs et organisation MOE-ED

Effectifs et organisation MOE-ED

Tribune

La direction du GIE CA Technologies vient d’annoncer son intention de redéployer les effectifs MOED-ED.

Ne nous ne méprenons pas, il s’agit bien d’un changement profond dont un des effets soigneusement passé sous silence est la suppression des postes non pourvus et une perspective de fermeture de sites.

Fin 2010, à l’issue de la période de définition de la cible, l’effectif MOE-ED annoncé dans le dossier globalisé était de 874 postes sur un total de 1776 postes. Cela ne signifie pas davantage d’effectif car tout le monde n’est pas à temps plein.

Dans son projet de réaffectation des effectifs, la direction annonce maintenant un effectif cible de 751 personnes, une différence énorme.

Pire, certains petits sites qui sont le plus en manque d’effectif sans avoir eu de poste pourvu vont être supprimés. Le volume de travail qui dépassera leur capacité à produire sera confié à d’autres sites plus importants. Cela revient à les condamner à terme.

La démarche de la direction est malheureusement classique. Un directeur Général adjoint a été recruté en avril 2013. Ayant organisé les effectifs issus de la fusion des Banques Populaires et Caisses d’Epargne (BPCE), la même démarche a été reprise dans le GIE CA-Technologies. Une grosse différence n’a cependant  pas été prise en compte : lors de la fusion BPCE, la direction a conservé ses effectifs pendant 10 ans, le temps d’organiser la cible opérationnelle et de négocier les garanties et modalités d’accompagnement des changements. La transition s’est faite en douceur. Le Crédit Agricole a fait le contraire avec son processus d’affectation et les dégâts humains qui s’en sont suivis.

Conséquence logique, si la démarche est la même dans les deux changements d’organisation, celle de BPCE partait de la totalité des effectifs MOE-ED, alors que celle de CA-Technologies ne part que des effectifs « rescapés » du processus d’affectation. Ce tour de passe-passe permet d’escamoter environ 140 postes et oublie singulièrement les engagements de 2010 qui pourtant concluaient plus d’un an d’étude des besoins de la cible informatique.

Nous savons tous que le Crédit Agricole a besoin de fonds propres. Un article vient de le placer largement en tête des banques qui ont des gros besoins : 31 milliards d’euros (voir le lien suivant). Une réponse officielle a été publiée contestant la méthodologie produite dans cet article, mais, quel qu'en soit le montant, un besoin en fonds propres demeure.

Le Crédit Agricole annonce une économie de 250 millions d’euros par an (voir le lien suivant) grâce au projet NICE. Nous sommes loin des besoins de renforcement des fonds propres et le conseil d’administration de CA-Technologies a sans doute procédé comme pour les Caisses Régionales : des coupes dans les moyens informatiques pour des économies supplémentaires.

Ce procédé est une erreur à plus d’un titre.

Sur le plan humain, c’est un désastre en termes de perspectives professionnelles. Et que dire des conditions de travail, de la remise en cause de certaines affectations passées, dont certaines ont été faites au prix de mobilités importantes, tant fonctionnelles que géographiques ? Balayées d’un revers de main par la DRH : « Si un salarié n’accepte pas sa nouvelle affectation, il sera non affecté ». Rappelons aussi que l’organisation et l’outillage cibles sont quasiment inexistants, les années 2011 à 2013 étant exclusivement consacrées aux migrations des CR et à leur fonctionnement quotidien. Ce constat ne va pas s’améliorer avec la réduction (on dit pudiquement redéploiement) des effectifs chargés de l’organisation et de l’outillage sur d’autres unités, sans doute jugées plus rentables. Conséquence prévisible, les CHSCT vont être très sollicités dans peu de temps.

Sur le plan économique, c’est une fausse bonne idée et certains prestataires savent qu’ils seront sollicités (au prix fort), pour réaliser en urgence ce que les effectifs internes ne pourront pas assurer. Est-ce une politique d’entreprise ? La question mérite d’être posée.

Enfin, et c’est sans doute le pire à long terme, c’est la stratégie informatique de Crédit Agricole qui risque de se replier sur lui-même avec des projets au jour le jour du moins ceux qui auront passé le filtre budgétaire. Pendant ce temps, des innovations fleurissent dans des organismes concurrents. C’est la capacité d’innovation du Crédit Agricole qui risque d’en pâtir. Attention car ce manque d’innovation risque d’éloigner une clientèle jeune et très mobile alors que la clientèle vieillissante a moins d’appétence vers les technologies nouvelles.

 

Pierre LE GUELLEC

Mis à jour (Samedi, 13 Septembre 2014 19:20)